Charlotte Salomon/ Le temps

Le temps n’existe pas.

Il me fait croire que nous sommes mardi

Alors que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit

Que veut-il que cela me fasse.

Mardi et puis?

Je n’aime pas les jours

On les égrène comme un chapelet

Samedi, heureux sans raison

Lundi, malheureux pour les mêmes raisons

Mercredi n’y changera rien

Pas plus que vendredi.

Comme les miettes de pain parsemées par Hansel et Gretel

On laisse des jours sur notre passage

Et quand on se retourne

Ils ont disparu.

Têtu, le calendrier martèle

Répète niaisement sa comptine

Imprime

Incruste

Tatoue

Dans mes carnets

Dans ma vie

Des journées qui affichent fièrement vingt-quatre heures.

Le temps a peur que je l’oublie

Alors il ricane

Et affirme

Dimanche ne quittera jamais lundi.

La suite est fatale.

Mardi presse le pas pour garder sa place

Mercredi s’inquiète du retard de jeudi

Vendredi prend ses aises

Samedi se mérite

Et dimanche…déjà, dimanche.

Moi j’envoie tout valser

Les secondes peuvent bien s’évanouir

Les minutes en demander encore

Les jours revenir sur leurs pas.

Trois, deux, un.

Le décor se fige

Les couleurs déferlent

Prennent possession

De ma toile

De ma chambre

Je plonge

Je navigue

Entre les vibrations du rouge

Les frémissements du vert

La frénésie du jaune

Les ondulations du bleu.

Orange…Orange me retient, souvent il me demande de rester, là.

Voilà.

Moi je ne connais que ça.

Ce tempo-là.