Charlotte Salomon/ Il me demande

Il me demande pourquoi tout se courbe dans mes peintures.

Je lui dis

Une photographie de ta maison

Si elle est légèrement inclinée

Ce n’est plus ta maison

C’est celle du photographe.

Pour mes peintures, c’est pareil.

Quand j’incline la tête, le monde s’adoucit enfin.

Si j’incline le décor,

Si je courbe les corps,

Si j’arrondis les angles des visages,

Alors tu verras,

Tu verras ce que je vois.

Tu verras

Que le mot éternité a été inventé pour désigner ce qui n’existe pas.

Le chêne, un jour, se laisse bercer par le vent.

Le corps qui a eu la force de t’expulser, un jour, il se dissout.

L’amour a le pouvoir de liquéfier l’iceberg de tes certitudes.

La musique ramène la joie sur une terre désolée.

Moi je peins ce qui n’existe pas.

Sinon je ne peux pas m’endormir.

Personne ne le sait, mais si je ne peins plus, si personne ne peint plus, tout s’effondrera.

Ce n’est pas la main de Dieu qui a créé tout ça.

C’est un peintre,

un amoureux du détail,

un passionné de la couleur,

un obsédé de l’harmonie.

Alors j’incline la tête

Et comme un petit théâtre

Tout prend vie.

Tout reprend vie.